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Histoire récente de la notion de KM



Il a fallut attendre la fin des années 1950 pour qu’apparaissent des travaux qu’il est possible de rattacher à la notion actuelle de KM. C’est à partir de la fin des années 1950 que l’évolution de la notion de KM s’effectue. Dans ce contexte, en dehors des expressions, il est possible de retenir l’expression synonymique de KM, celles de "gestion/management des connaissances" et "gestion/management de la connaissance" qui ont été employées par une partie des auteurs francophones.

1. Amorçage de la notion de KM

Elle s’écoule entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1970. L’amorçage est notamment marquée par la parution de l’ouvrage de J.G. March et H.A. Simon (1958) et du livre de M. Polanyi (1958) sur la connaissance tacite et de l’article de J.W. Forester (1958) sur la théorie de la croissance des entreprises. Puis, l’année suivante E.T. Penrose (1959) met l’accent sur le rôle de la connaissance tacite dans les prises de décision des décideurs (d’après Baumard, 2002).
En 1961, T. Burnes et G.M. Stalker (1961) font paraître un ouvrage sur le management de l’innovation. Un peu plus tard, en 1967, H.L. Wilensky (1967) présente son "Organizational Intelligence" dans lequel il s’interroge notamment sur la gestion de l’innovation dans les organisations.
Puis, l’année 1968 est marquée par la parution des ouvrages de P. Drucker (1968) et de J.K. Galbraith (1968), respectivement, sur les travailleurs de la connaissance et la société centrée sur la connaissance (d’après notamment : Duizabo & Guillaume, 1997).
Ces travaux sont en quelque sorte poursuivis par S. Beer et N. Henry au début des années 1970 qui proposent deux expressions qui trente ans plus tard seront encore employées pour parler de KM. Ainsi, S. Beer (1972) utilise l’expression "management of knowledge" dans ses travaux sur le « Viable System Model » (VSM) et N. Henry (1974a et 1974b), en 1974, propose pour la première fois le terme de "knowledge management" dans une acception qui se rapproche de ses définitions actuelles.

2. De la gestion de l’information à celle de la connaissance

La seconde période de l’évolution du concept de KM s’échelonne entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. Elle est tout d’abord marquée par une certaine continuité des travaux réalisés durant la période précédente, avec la parution d’ouvrages comme celui de H. Itami (1980) sur la valeur des actifs invisibles de l’entreprise. Cependant, tout en s’inscrivant dans la lignée des travaux de la période précédente, les recherches de cette seconde phase vont être marquées par une réelle transition des problèmes de gestion et d’utilisation des informations vers des problèmes liés spécifiquement aux connaissances. Ainsi les années 1980 marquent le passage de la gestion de l’information à celle de la connaissance qui a notamment pour conséquence, l’acceptation de l’expression "knowledge management" par la grande majorité de la communauté anglophone qui s’intéresse à ces questions.
Ainsi, alors que les modèles de recherche d’informations sont en pleine émergence (Salton & McGill, 1983), I. Nonaka fait encore paraître un ouvrage sur la création d’informations, tandis que quatre ans plus tard il abandonne les informations pour passer à l’idée de création de connaissances (Nonaka, 1985).
Parallèlement, la réflexion sur l’apprentissage organisationnel continue avec des articles comme ceux de W. Bennis et B. Namus (1985) et de M. Fiol et M. Lyles (1985).
Les travaux de K.E. Sveiby (1986) sur les savoir-faire et l’entreprise vont relancer les travaux sur l’organisation intelligente et l’ouvrage de G. Böhme et N. Stehr (1986) sur la société de la connaissance.
L’avènement de l’idée de "management of knowledge" prend son essor lors de la première "European Knowledge Management Conference".
3 ans plus tard, R. Stata (1989) et I. Nonaka (1989) introduisent clairement la problématique du management de l’innovation qui va faire partie de plus en plus des préoccupations du KM. Puis, en 1990 les publications en rapport avec le KM commencent à se bousculer. En effet, cette année là paraissent des ouvrages comme ceux de B. Garrat (1990) sur la problématique de l’entreprise apprenante, de C.M. Savage (1990) et de P.M. Senge (1990) sur l’avènement d’une cinquième discipline ou génération de management. De même, l’expression "knowledge management" commence à être véritablement employée (« Knowledge management : 101 trucs pour les décideurs de l’organisation de la connaissance intensive ; d’après : Wilson, 2002).

3. l’ère des définitions et des débats sur le KM

Cette dernière période de l’évolution de la notion de KM s’écoule entre 1992 et le début des années 2000. Il s’agit de la période du véritable essor du concept de KM à travers le monde, avec en 1992 la parution du livre de J.M Bruneau et J.F. Pujos sur le management des connaissances dans les entreprises (Bruneau & Pujos, 1992) et le début des conférences internationales CIKM (Conference on Information and Knowledge Management) qui se dérouleront à partir de cette date tous les ans. Puis, en 1993 la parution de l’ouvrage de K.M. Wiig (1993) intitulé explicitement "Knowledge Management", du livre de T. Finin (1993) sur l’information et le KM et la publication de l’article de A. Macintosh (1994) sur l’état de l’art du "KM corporate", sont à l’avant-garde des très nombreuses publications qui commencent à paraître en masse à partir du milieu des années 1990.
Parmi les définitions dédiées au KM, celle de J.M Bruneau et J.F. Pujos pour qui le KM « consiste en la gestion des activités qui se focalisent sur le développement et le contrôle des connaissances dans l’organisation pour remplir des objectifs organisationnels » (Bruneau & Pujos, 1992) et celle de R. Van der Spek et A. De Hood qui signalent que le KM « permet de gérer le processus de création de connaissances, de distributions de connaissances, de combinaison de connaissances, de consolidation des connaissances, et d'application des connaissances. ». Ainsi, de nombreuses définitions vont, dès lors, faire débats.
C’est entre 2001 à 2005 que 2 nouvelles tendances semblent avoir
émergées dans les écrits sur le KM vers la fin des années 1990 et le début des années 2000. Il s’agit pour la première de l’apparition de systèmes dit de KM. Comme les définissent simplement A. Ouni et A. Duzebert, ce sont des systèmes « dont le rôle est de gérer d’une façon efficace et pertinente les connaissances de l’entreprise ».